Des prix enfin plus clairs sur vos factures
C'est l'un des changements les plus attendus par les associations de consommateurs. Jusqu'à présent, reconstituer le prix réel d'un kilowattheure toutes taxes comprises relevait souvent du casse-tête : il fallait jongler entre le prix du kWh de fourniture, l'abonnement, l'accise sur l'électricité ou le gaz (ex-TICFE et TICGN), la contribution tarifaire d'acheminement (CTA) et la TVA. L'arrêté du 20 juillet 2026 met fin à cette confusion.
L'affichage obligatoire du prix du kWh TTC et de l'abonnement
À compter du 1ᵉʳ janvier 2027, toute facture adressée à un particulier ou à un non-professionnel devra faire figurer de manière explicite deux informations clés :
- le prix unitaire du kWh TTC réellement appliqué sur la période facturée ;
- le prix de l'abonnement mensuel TTC sur cette même période.
Concrètement, vous pourrez enfin lire d'un coup d'œil ce que vous coûte chaque kWh consommé, taxes incluses — exactement l'unité qui permet de comparer deux offres d'électricité ou de gaz entre elles.
Un détail des consommations affiché strictement hors taxes
En parallèle, le décompte détaillé de la facture évolue lui aussi : les montants de la consommation et de la part fixe (l'abonnement) devront désormais être présentés strictement hors taxes.
Cette seconde évolution est plus technique, mais tout aussi structurante. Jusqu'ici, une ligne « hors taxes » unique pouvait suffire, sans que l'on sache réellement ce qu'elle recouvrait. Ce montant global, jugé trop vague, laisse place à un détail poste par poste : la facture devra faire apparaître séparément trois prélèvements.
- L'accise sur l'énergie : héritière de l'ancienne taxe intérieure sur l'électricité et le gaz, elle a connu de fortes variations ces dernières années au gré des arbitrages budgétaires de l'État ;
- la contribution tarifaire d'acheminement (CTA) : assise sur la part fixe de l'acheminement, elle finance les retraites des agents des industries électriques et gazières ;
- la TVA : appliquée à des taux distincts selon qu'elle porte sur l'abonnement ou sur l'énergie réellement consommée.
En isolant ces postes, votre facture rendra enfin visible la part réellement consacrée à la fourniture d'énergie, face à celle qui part en taxes et en acheminement — de quoi mieux comprendre pourquoi les prélèvements pèsent aussi lourd dans le total, en particulier sur l'électricité.
Les nouveaux droits pour faciliter la comparaison et le changement d'offre
Au-delà de l'affichage des prix, l'arrêté entend redonner du pouvoir d'action au consommateur en intégrant directement sur le document de facturation plusieurs mentions d'orientation.
Un lien direct vers le comparateur officiel de l'énergie sur chaque facture
Chaque facture devra intégrer un lien ou une référence explicite vers le comparateur officiel d'offres d'énergie, le service public energie-info.fr édité par le Médiateur national de l'énergie. L'idée : permettre de vérifier en un coup d'œil si son contrat reste compétitif, sans avoir à chercher l'information ailleurs.
Bonne nouvelle : vous n'avez pas besoin d'attendre 2027 pour agir. Vous pouvez dès aujourd'hui comparer gratuitement les offres d'électricité et de gaz disponibles sur le marché, puis changer de fournisseur en quelques minutes si une offre plus avantageuse existe. Le changement est gratuit, sans coupure et sans engagement.
Un meilleur suivi de sa consommation (historique et auto-relève)
La facture devra afficher clairement votre consommation annuelle historique ou, à défaut, la consommation annuelle prévisionnelle retenue par le fournisseur pour établir vos échéanciers. De quoi mieux comprendre le montant de vos mensualités et anticiper une éventuelle régularisation.
Le texte rappelle aussi explicitement un droit trop souvent ignoré : à tout moment, vous pouvez pratiquer l'auto-relève de votre compteur et transmettre vos index réels par internet, par téléphone ou par tout autre moyen à votre convenance. Enfin, les clients qui reçoivent encore une facture papier verront apparaître la possibilité de passer à la facture électronique, avec la marche à suivre.
Ce qui change pour la gestion des contrats (frais de résiliation et « plages temporelles »)
Deux ajustements concernent enfin la vie du contrat. D'abord, la terminologie évolue : on ne parlera plus seulement d'options « horaires » mais de « plages temporelles », afin d'englober l'ensemble des offres dynamiques ou personnalisées apparues ces dernières années (au-delà des seules heures pleines et heures creuses).
Ensuite, l'existence et le montant d'éventuels frais de résiliation (pour les contrats souscrits avec engagement) devront être clairement rappelés sur les factures des clients concernés — une information précieuse avant de décider de changer d'offre.
Qui est concerné par ces changements en 2027 ?
Les dispositions de l'arrêté s'appliquent de manière généralisée à compter du 1ᵉʳ janvier 2027. Voici précisément qui est concerné, et les quelques exceptions prévues.
Les bénéficiaires : particuliers, artisans, commerçants et TPE
Le champ des bénéficiaires est large :
- tous les consommateurs résidentiels, c'est-à-dire les particuliers en électricité comme en gaz ;
- les consommateurs non professionnels ;
- les petits professionnels : artisans, commerçants et TPE/PME employant moins de 50 personnes et dont le chiffre d'affaires ne dépasse pas 10 millions d'euros.
Les exceptions prévues pour les grandes entreprises
Les grandes entreprises (plus de 50 salariés ou plus de 10 millions d'euros de chiffre d'affaires) bénéficient de dérogations spécifiques. Elles ne sont pas soumises à l'affichage systématique des tarifs unitaires TTC, en raison de la complexité de leurs structures contractuelles sur-mesure, souvent négociées au cas par cas.
Sources et références juridiques
- Arrêté du 20 juillet 2026 modifiant l'arrêté du 18 avril 2012 relatif aux factures de fourniture d'électricité ou de gaz naturel (NOR : ECOC2216965A), publié au JORF n°0191 du 18 août 2026 ;
- article L. 224-12 du Code de la consommation, issu de la loi n° 2025-391 du 30 avril 2025 d'adaptation au droit de l'Union européenne ;
- Code de l'énergie : articles L. 122-3, L. 332-2, L. 337-3 et L. 442-2.
Biographie
Titulaire d'un Master en gestion de la technologie, Claire a rejoint Kelwatt en avril 2018. Spécialiste des acteurs du marché de l'énergie, des tarifs et des démarches.
Expertise
Qualifications
- Master en gestion de la technologie
- Responsable éditoriale Kelwatt depuis 2018